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Des Suisses surfent à tout prix

Depuis sa création en 2014, l’Association romande de surf à organisé des voyages axés sur le surf dans différents pays, comme ici aux Maldives en août 2016. © Association romande de surf

S’il est difficile de connaître le nombre d’adeptes en Suisse, l’engouement pour le surf est de plus en plus visible. Que ce soit sur une rivière ou sur des vagues artificielles, avec une corde élastique ou à l’aide du courant, la passion est toujours au rendez-vous.

Le 13 février 2014, la tempête Tini frappe les côtes du Léman avec des rafales à plus de 100 km/h. Des vents violents balaient l’eau et forment une houle puissante. Le paisible lac se transforme en mer agitée. Greg Williams et Ludo Jaccard jubilent. Dans de telles conditions, surfer sur le lac Léman devient possible. Équipés de combinaisons néoprènes intégrales, les planches de surf chargées dans le van, les deux acolytes foncent vers différents lieux autour de Lausanne: Bellerive, la plage de Lutry, Cully et finalement Villette pour prendre les meilleurs vagues de la journée. Étudier la topographie des lieux avant de se jeter à l’eau est primordial. Villette dispose en effet d’un fond marin profond avec un rehaussement du terrain brutal: de quoi provoquer la formation de vagues puissantes d’environ 1m50.

Pourquoi diable se jeter dans une eau avoisinant 10 degrés en hiver? Pour ressentir cette sensation unique de glisse, pardi! Surfer est une expérience qui va au-delà des mots. Il faut maîtriser l’environnement: savoir où les vagues se lèvent, leur fréquence, leur vitesse. Avant de réussir à surfer, il faut ramer, ramer et encore ramer. Franchir la barre des vagues, l’endroit où elles se cassent, pour pouvoir anticiper leur venue. Et soudain, la délivrance.

DES HURLUBERLUS ISOLÉS?

Loin de la mer, Greg Williams et Ludo Jaccard, respectivement graphiste et réalisateur pour l’émission 120 minutes sur la RTS, sont-ils des hurluberlus isolés en territoire helvétique? Si surfer sur le lac Léman lors d’une tempête n’est pas une nouveauté, réussir à prendre des vagues est rare. Tout comme le fait de se réunir entre surfeurs de Suisse romande. Fin 2013, après avoir participé au championnat suisse de surf, ils décident de lancer un appel sur Facebook pour créer une communauté proche de chez eux. En l’espace de deux semaines, 250 personnes s’inscrivent. Le 6 avril 2014, l’Association romande de surf émerge officiellement. Depuis, ils ont organisé des voyages axés sur le surf dans différents pays et sont plusieurs à avoir participé au championnat suisse de surf. L’évènement a lieu en octobre en... Espagne. Le surf garde ses lettres de noblesse sur la mer. La compétition est organisée par la Swiss Surfing Association, l’Association suisse de surf, qui existe depuis 1992.

Benedek Sarkany, son président en 2019, explique qu’il est difficile de connaître le nombre exact de surfeurs. La dernière étude officielle réalisée par l’Office fédéral du sport en 2014 indique que 0,6% de la population pratique le surf, le kitesurf (une planche tirée par une voile dans les airs) ou la planche à voile. L’étude révèle toutefois que cette catégorie revêt le potentiel de croissance le plus élevé par rapport à son nombre de pratiquants. L’Office fédéral du sport explique cela par le «succès récent du kitesurf, mais aussi par les valeurs sûres que sont la planche à voile et le surf qui fascinent tout autant les foules». La prochaine évaluation qui doit avoir lieu en 2020 pourrait bien confirmer cette tendance.

800'000 LITRES D’EAU

La Suisse fait partie des 44 pays au monde ne disposant pas d’accès direct à la mer. A défaut d’un océan pour surfer, la solution réside-t-elle dans l’apparition de vagues artificielles? En septembre 2018, le Mall of Switzerland, grand centre commercial à Ebikon, dans le canton de Lucerne, inaugure avec Oana la première vague artificielle en salle du pays. Les dimensions du bassin sont semblables à celles d’une piscine. Huit pompes permettent à 800’000 litres d’eau de former une vague pouvant atteindre 1m 40. Six mois après son inauguration, ils sont plus de 13'750 à l’avoir essayé même si les sensations sont difficilement comparables avec celles ressenties en pratiquant le surf traditionnel.

Cette vague artificielle a fait des émules avec des projets qui devraient voir le jour autour de 2020. L’une sera proche de Zurich, à Regensdorf, tandis que l’autre sera en Valais, sur le domaine des Iles à Sion. «Un rêve qui devient réalité» pour Adam Bonvin, Marc-Antoine Burgener et Romain Magnin, les trois Romands cofondateurs de ce projet portant le nom d’Alaïa. Le bassin a été financé par une campagne de financement participatif sur internet. La vague sera modulable en fonction des heures et des niveaux avec une longueur de 90 mètres et une hauteur maximale d’environ 1m80.

LA PUISSANCE DES RIVIÈRES

Côté sensations, les vagues artificielles sont ludiques. Le plaisir avant tout. Elles conviennent autant aux débutants qu’aux surfeurs confirmés. «Même si je me réjouis de chaque vague supplémentaire, il faut admettre que les vagues artificielles ne sont pas très économiques ni écologiques. Il faut plutôt soutenir les projets de vagues dans les rivières», explique Sandro Santschi, surfeur et président du River Surf Jam à Thoune. Il ajoute: «La première édition de notre compétition a eu lieu en septembre 2018. La différence est que sur les rivières, les vagues changent de caractère selon les débits et les conditions météorologiques. Si les vagues artificielles peuvent être mises en marche via un bouton, les autres dépendent de la nature. Cela correspond davantage à l’esprit surf.» Même constat pour Benedek Sarkany, président de l’Association suisse de surf: «Il est possible de surfer sur la Reuss, L’Aar, la Birse, la Thur et la Limmat.»

Surfer à Berne est possible comme le prouve cette vidéo. © Flusswelle Bern

Lorsque le débit de la rivière est faible, des alternatives existent comme le bungee surfing, le surf sur rivière aidé d’une corde élastique. Du plus vieux pont de Berne, l’Untertorbrücke, les passants peuvent apercevoir des surfeurs sur l’Aar pratiquer leur passion en toute légalité grâce à une corde attachée au pont de Nydegg juste en face. David Fonjallaz, producteur originaire de Lausanne, est l’un de ces surfeurs: «Au début des années 2010, un championnat de Bungee surf a même été organisé. Il a rassemblé 300 à 400 amateurs. Il y a aussi une association qui œuvre pour aménager un espace sur la rivière et créer une vague naturelle dans une commune près de Berne».

DISCIPLINE OLYMPIQUE

De là à imaginer un champion suisse aux prochains Jeux olympiques? Difficile d’y croire sérieusement tant le niveau professionnel semble élevé. Car oui, en 2020 le surf va faire son entrée au panthéon des disciplines olympiques à Tokyo, puis en 2024 à Paris. A Tokyo, la compétition aura lieu sur la plage de Tsurigasaki, à une centaine de kilomètres de la capitale. De son côté, la France n’a pas encore décidé si elle préférait l’incertitude des vagues naturelles de la côte basque aux vagues artificielles parfaites en banlieue parisienne.

De passage à Genève dans le cadre du festival Histoire et Cité en mars 2019, le Français Jérémy Lemarié vient de publier Surf: une histoire de la glisse, de la première vague aux beach boys aux Editions Arkhê. S’il admet découvrir avec plaisir la pratique du surf en Suisse, il raconte la genèse du surf en étant debout sur une planche: «Cantonné à l’archipel hawaïen il y a 200 ans, les Américains se sont réappropriés cette culture mêlant différentes traditions. Considéré comme un loisir déviant dans les années 1950, le surf a connu son âge d’or une décennie plus tard avant de se globaliser. On compte aujourd’hui plus de 20 millions de surfeurs dans le monde».

L’image du surf se développe avec la création d’un nouveau festival: le Swiss Surf Film Festival (Festival suisse du film de surf) à Lucerne. La première édition a eu lieu du 26 au 28 avril. Alena Ehrenbold, sa fondatrice, a réalisé plusieurs documentaires en plus d’être l’une des meilleures surfeuses du pays. En 2014, elle a produit I Wanna Surf (Je veux surfer), considéré comme le «premier documentaire du surf 100% suisse».

SÉBASTIEN ROUX

Cet article est disponible dans l’Echo Magazine n°32 d’août 2019.