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Ep 1 - Des Alpes au Pays basque
En partant de Digne-les-Bains, je traverse la France d’Est en Ouest pour me lancer sur la route des vagues. Ma Mash 400 Scrambler est chargée comme une mule. Direction le Pays basque en quête des premières vagues de ce périple. En l’espace de 69 jours, je vais parcourir plus de 11’OOO kilomètres sur quatre pays et deux continents.
Pour elle, je me suis levé aux aurores. Je n’ai pas pris le temps de déjeuner. À vrai dire, je n’ai rien pris, si ce n’est les clés de ma moto, une Mash 400 Scrambler. Pendant quinze minutes, j’ai longé la ville côtière d’El-Jadida pour arriver à mon point de rendez-vous, la plage de Sidi Bouzid. Les premiers rayons de soleil sont sur le point d’illuminer le royaume du Maroc en cette douce matinée d’octobre. Mahmoud va bientôt me rejoindre. Grâce à ce surfeur local, je vais bientôt pouvoir la rencontrer, ou plutôt, je vais bientôt pouvoir la surfer.
Comment décrire cette sensation ? Surfer une vague qui déferle proprement sur un côté me procure un sentiment équivalent à celui d’enchaîner une série de virages sinueux dans un col de montagne : un sentiment de liberté, un plaisir à l’état pur. Cet instant ne dure généralement que quelques secondes ; le corps reproduit des mouvements mille fois répétés tandis que l’esprit se concentre pour éviter toute chute.
Des Caraïbes aux Alpes
À quelques semaines d'entamer ma 32e année d’existence, je rêve de combiner les courbes sinueuses de petites routes aux ondulations aléatoires de l’océan. Ayant repris un mode de vie semi-nomade, j’ai le luxe d’avoir plusieurs semaines de libre de fin août à début novembre. Après avoir réalisé mon premier carnet de voyages pour RoadTrip en République dominicaine (Parcourir le Nouveau Monde), j’ai envie d’explorer une autre partie du globe.
Cette fois-ci, mon point de départ sera Digne-les-Bains, ma ville d’origine, où la Mash m’attend. Lancée sur le marché fin 2015, j’ai tout de suite eu un coup de cœur pour le design rétro de cette Mash 400 Scrambler grise et orange. Après avoir roulé sur des 50 cm3 durant mon adolescence, je venais tout juste d’avoir le permis A2. Ses 27 chevaux, son moteur monocylindre aux lointaines origines Honda et son faible poids de 151 kgs m’ont convaincu que cette moto serait le compagnon idéal pour mon profil de jeune motard.
© Sébastien Roux
Dès mars 2016, j’arpente les petites routes des Alpes-de-Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône. Avec les années, la Mash 400 Scrambler ira de plus en plus loin : en Italie, en Suisse et en Espagne. Août 2025, avec plus de 35 000 kilomètres au compteur et aucun problème majeur à signaler, il est temps de voir ce qu’elle a réellement dans ses tripes.
Depuis Digne-les-Bains, je compte traverser la France d’est en ouest pour lancer officiellement la route des vagues début septembre au Pays basque. Je roulerai durant une dizaine de jours le long de la côte nord espagnole en longeant la Cantabrie, les Asturies et la Galice avant de rejoindre le Portugal par le nord-ouest. Je traverserai ce pays pour atteindre la frontière au sud-est avant de me diriger vers le détroit de Gibraltar pour quitter l’Europe et entrer en Afrique via le Maroc. Dans ce pays, j’irai jusqu’à Agadir en alternant entre le littoral et les routes proches des différents Atlas.
Pour planifier mon itinéraire, j’ai utilisé l’application Calimoto. Facile d’utilisation, je me suis fixé des étapes d’environ 300 kilomètres avec des arrêts dans des points d’intérêts majeurs (spots de surf, routes de montagne, villes et villages touristiques) tout en privilégiant les parcours sinueux plutôt que les parcours rapides proposés par Calimoto. Avec l’abonnement premium, j’ai pu télécharger les cartes des différents pays afin de les avoir en mode hors ligne et ne pas consommer de données mobiles. Avant de partir, j’ai également installé un support de navigation avec un chargement à induction pour ne jamais manquer de batterie sur la route. Pour 68 jours, je suis fin prêt à parcourir environ 9 200 kilomètres tout en espérant dépasser le cap symbolique des 10 000 kilomètres en y ajoutant quelques étapes à l’instinct !
La Mash chargée comme une mule
Vendredi 29 août, l’heure du départ a sonné. Avec l’aide de mon père, on a réfléchi à la meilleure configuration pour transporter toutes mes affaires. Dans les sacoches sur les deux côtés latéraux, je place mon matériel de camping (tente, sac de couchage, duvet). Du milieu de ma selle jusqu’à mon feu arrière, mon sac de vêtements sera retenu par un système de sangles. Enfin, mes affaires importantes (papiers, appareil photo, bombe anti-crevaison, kit de premier secours, chargeurs) sont placées dans une sacoche aimantée au réservoir qu’un ami me prête pour l’occasion. J’ai opté pour le système D plutôt que d’investir dans les équipements dernier cri.
En guise d’échauffement, ma première étape compte seulement 136 kilomètres et reste dans les Alpes-de-Haute-Provence. L’idée est d'enchaîner plusieurs cols que j’apprécie depuis des années pour me mettre en jambes tout en rejoignant le village de Simiane-la-Rotonde où un ami fête son anniversaire. Une manière de joindre l’utile à l’agréable.
Depuis Digne-les-Bains, je commence par le col du Pas de Bonnet avant de passer le col de Fontbelle connu pour être une étape classique du rallye de Monte-Carlo. La descente mène à Sisteron, point de passage entre le Dauphiné et la Provence. Je rejoins ensuite la montagne de Lure avant d’atteindre l’entrée du parc régional du Luberon. Le lendemain, j’emprunte des petites routes le long de villages perchés dans le département du Vaucluse. Des vignes, des champs de lavande et des oliviers en guise de décor. J’effectue une courte halte à Lourmarin, classé comme l’un des plus beaux villages de France avant de parcourir le parc naturel régional des Alpilles. Je profite pour aller découvrir le pont du Gard, un chef-d'œuvre de l'Antiquité avec ses trois niveaux d'arches et ses 49 mètres de hauteur. L’été touche à sa fin, la rentrée scolaire de septembre approche. Pour moi, le voyage ne fait que commencer.
© Sébastien Roux
Des dangers à appréhender
Avant de prendre la route, un check-up s’impose dans un garage. Ici, pas besoin de rendez-vous, il suffit juste d’avoir un peu de chance et d’être prêt à patienter. À l’intérieur, l’ambiance est dominicaine, c’est-à-dire bruyante et désorganisée, mais le travail reste bien fait. Le mécanicien remplace des lumières défectueuses et le klaxon en fin de vie, il ajoute des rétroviseurs et installe des pneus neufs. C’est la première fois que je vais utiliser une moto dans ce pays. En conduisant en direction d’Encuentro, je découvre l’usage du sélecteur de vitesses talon-pointe. Sur la route, pratiquement tous les motards conduisent sans casque (celui-ci reste obligatoire selon la loi dominicaine) ou avec des petits casques en plastique utilisés sur des chantiers. Pas question de négliger ma sécurité, j’opte pour un casque intégral.
Du fait de son gabarit et de son poids (75 kg), ma Sucati CG 150 n’est pas forcément adaptée à de longs trajets. Les premières semaines, je me contente de rouler entre Cabarete et Encuentro. Un trajet aller-retour de 10 kilomètres sur une longue ligne droite. Un trajet n’ayant à première vue aucune difficulté. En réalité, il faut toujours rester sur ses gardes. Nids de poule sur le bord de la route, imposants pick-ups qui doublent en frôlant les motos, non-respect des feux tricolores… La République Dominicaine pâti d’une mauvaise réputation.
L’analyse d’un journaliste du média dominicain El Brifin pour évoquer ce sujet est sans appel : “Quand elle vient d’un pays où le code de la route est respecté, il suffit de regarder le visage d'une personne qui visite notre pays pour comprendre que quelque chose ne va pas. La jungle, comme nous l'appelons tous, est un problème de plus en plus grave. La République Dominicaine a l'un des taux de mortalité routière les plus élevés au monde. En 2024, plus de 3’100 personnes sont mortes dans des accidents de la route. Plus de 60 % étaient des motards. Ce n’est malheureusement pas une coïncidence : seuls 26 % d'entre eux portaient un casque de protection.” À titre de comparaison, la France métropolitaine a publié un bilan de 3’190 décès sur la route en 2024 pour une population presque sept fois plus importante.
© Sébastien Roux
Conscient de cela, je décide tout de même de planifier entre mars et avril 2025 un road trip en plusieurs étapes. Depuis Cabarete, je trace trois axes: un premier vers l'ouest en direction d’Haïti, un second vers le sud et la ville de Santiago, un troisième vers l’est jusqu’à la péninsule de Samaná. En optant pour ces trois itinéraires, je reste dans un périmètre de 200 kilomètres de mon point de départ.
Explorer cette zone du pays me convient totalement, tant je souhaite montrer un autre visage de la République Dominicaine. Quand je parle de ce pays à des amis, beaucoup font l’association avec la station balnéaire de Punta Cana située à l'extrémité orientale du pays. Punta Cana et ses resorts tout inclus. Punta Cana et son tourisme de masse. Disposant à chaque fois de deux ou trois jours de congés, je n’ai ni le temps ni l’envie d’aller jusqu’à Punta Cana. J’aurais aimé retourner en Haïti découvrir les routes autour de Cap-Haïtien mais la situation du pays m’empêche de traverser la frontière.
Sébastien Roux
Photo de couverture © Sébastien Roux
Épisode 2 - De Puerto Plata à Punta Rucia
Épisode 3 - Les Conquistadors de Santiago
Épisode 4 - Les trésors et les galères de la péninsule de Samaná
Ce carnet de voyage a été publié dans le numéro 88 de Road Trip