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Ep 2 - Vagues espagnoles & Pics d’Europe

 

Roulant le long du littoral espagnol, je m’arrête à Zarautz pour observer les nombreux surfeurs à l’eau. Séjournant dans des surf camps, je vais surfer trois spots: Laga - Los Locos - San Antolin. Traversant un parc national, je prends de la hauteur avant de rejoindre la Galice pour rouler sur la côte de la Mort.

 

 

Fin août, l'ouragan Erin a provoqué la formation de gigantesques vagues sur cette partie de la façade Atlantique. L’accès aux plages a été fermé temporairement dans plusieurs villes du liltoral. Les jours ont passé, la houle a diminué. De plus en plus de surfeurs se sont mis à l’eau pour se mesurer à de puissantes vagues.

Mercredi 3 septembre, j’arrive un poil trop tard pour profiter des meilleures conditions. Qu’importe, je vais prendre le temps de m’arrêter dans les villages basques au bord de mer avant de me poser dans le premier surf camp de mon séjour (lire encadré « Surf camp : mode d’emploi ») pour prévoir une session le lendemain.

Getaria, Zumaia, Deba, Mutriku, Lekeitio ou ­ encore Ea : les 30 kilomètres de côte du Guipúzcoa offrent de nombreux ports de pêche pleins de charme ainsi que de magnifiques sites naturels. À marée basse, il est ainsi possible d’admirer les flyschs, de célèbres falaises plissées, les plus étendues d’Europe entre Zumaia et Deba. Je termine mon étape du jour au Laga Surf Camp qui dispose de deux types d'hébergements : une ­ auberge de jeunesse avec des lits simples dans des dortoirs et un agritourisme avec des chambres doubles et triples. Voyageant seul, j’opte pour la première option.

Au cours de ma vie, j’ai eu la chance de vivre plusieurs mois en République dominicaine. Dans cette île des Caraïbes, j’ai appris à surfer à l’âge de 15 ans.

Du localisme, une droite et une gauche

Au moment de récupérer une planche de surf, le moniteur sait que je ne prends pas de cours, mais me recommande tout de même de rester à gauche de la plage, à proximité des élèves du surf camp. Il m’explique que la partie droite de la plage est « ­ réservée » aux locaux et que ces derniers n’apprécient pas forcément de partager des vagues avec un ­inconnu. Si je regrette ce localisme aberrant, je décide de suivre sa recommandation.

Cette première session est frustrante : en deux heures, je vais uniquement surfer deux belles vagues, une droite et une gauche (voir encadré « Le b.a.-ba du surf »). Je me console en effectuant ensuite une randonnée pour atteindre le mont Ogoño et profiter d’une superbe vue sur la plage Laga et le village de Mundaka au loin. Considérée comme la meilleure gauche d’Europe, la vague de Mundaka peut atteindre une hauteur de 4 mètres et une longueur de 400 mètres. Lors de mon passage, les conditions ne sont toutefois pas réunies pour tenter ma chance sur ce spot de renom.

Je décide de continuer ma route vers la Cantabrie en passant rapidement par Bilbao. À partir de cet instant, je ne suis jamais allé aussi loin avec ma moto. Après quelques recherches sur les lieux incontournables de Cantabrie, j’ai paramétré mon itinéraire sur Calimoto avec des arrêts à Castro-Urdiales et Liérganes.

Une légende, celle de l’homme-poisson, a attisé ma curiosité. Un certain Francisco, originaire du village de Liérganes, aurait disparu lors d’une baignade à Bilbao en 1674. Il serait réapparu des années plus tard à Cadix, au sud de l’Espagne, transformé en créature partiellement humaine et partiellement poisson. Nul doute qu’il aurait été un excellent surfeur s’il avait vécu quelques siècles plus tard.

© Sébastien Roux

Dès mars 2016, j’arpente les petites routes des Alpes-de-Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône. Avec les années, la Mash 400 Scrambler ira de plus en plus loin : en Italie, en Suisse et en Espagne. Août 2025, avec plus de 35 000 kilomètres au compteur et aucun problème majeur à signaler, il est temps de voir ce qu’elle a réellement dans ses tripes.

Depuis Digne-les-Bains, je compte traverser la France d’est en ouest pour lancer officiellement la route des vagues début septembre au Pays basque. Je roulerai durant une dizaine de jours le long de la côte nord espagnole en longeant la ­Cantabrie, les Asturies et la Galice avant de rejoindre le Portugal par le nord-ouest. Je traverserai ce pays pour ­ atteindre la frontière au sud-est avant de me diriger vers le détroit de Gibraltar pour quitter l’Europe et entrer en Afrique via le Maroc. Dans ce pays, j’irai jusqu’à Agadir en alternant entre le littoral et les routes proches des différents Atlas.

Pour planifier mon itinéraire, j’ai utilisé l’application Calimoto. Facile d’utilisation, je me suis fixé des étapes d’environ 300 kilomètres avec des arrêts dans des points d’intérêts majeurs (spots de surf, routes de montagne, villes et villages touristiques) tout en privilégiant les parcours ­ sinueux plutôt que les parcours rapides proposés par Calimoto. Avec l’abonnement premium, j’ai pu télécharger les cartes des différents pays afin de les avoir en mode hors ligne et ne pas consommer de données mobiles. Avant de partir, j’ai également installé un support de navigation avec un chargement à induction pour ne jamais manquer de batterie sur la route. Pour 68 jours, je suis fin prêt à parcourir environ 9 200 kilo­mètres tout en espérant dépasser le cap symbolique des 10 000 kilomètres en y ajoutant quelques étapes à l’instinct !

@ Sébastien Roux

La Mash chargée comme une mule

Vendredi 29 août, l’heure du départ a sonné. Avec l’aide de mon père, on a réfléchi à la meilleure configuration pour transporter toutes mes affaires. Dans les sacoches sur les deux côtés latéraux, je place mon matériel de camping (tente, sac de couchage, duvet). Du milieu de ma selle jusqu’à mon feu arrière, mon sac de vêtements sera retenu par un système de sangles. Enfin, mes affaires importantes (papiers, appareil photo, bombe anti-crevaison, kit de premier secours, chargeurs) sont placées dans une sacoche aimantée au réservoir qu’un ami me prête pour l’occasion. J’ai opté pour le système D plutôt que d’investir dans les équipements dernier cri.

En guise d’échauffement, ma première étape compte seulement 136 kilomètres et reste dans les Alpes-de-Haute-Provence. L’idée est d'enchaîner plusieurs cols que j’apprécie depuis des années pour me mettre en jambes tout en rejoignant le village de Simiane-la-Rotonde où un ami fête son anniversaire. Une manière de joindre l’utile à l’agréable.

Depuis Digne-les-Bains, je commence par le col du Pas de Bonnet avant de passer le col de Fontbelle connu pour être une étape classique du rallye de Monte-Carlo. La descente mène à Sisteron, point de passage entre le Dauphiné et la Provence. Je ­ rejoins ensuite la montagne de Lure avant ­ d’atteindre l’entrée du parc régional du Luberon. Le lendemain, j’emprunte des petites routes le long de villages perchés dans le département du ­Vaucluse. Des vignes, des champs de lavande et des oliviers en guise de décor. J’effectue une courte halte à Lourmarin, classé comme l’un des plus beaux villages de France avant de parcourir le parc naturel régional des Alpilles. Je profite pour aller découvrir le pont du Gard, un chef-d'œuvre de l'Antiquité avec ses trois niveaux d'arches et ses 49 mètres de hauteur. L’été touche à sa fin, la rentrée scolaire de septembre approche. Pour moi, le voyage ne fait que commencer.

Passer entre les gouttes

À Montpellier, des amis fraîchement mariés m'accueillent pour une nuit. Demain, la météo s’annonce capricieuse, mais pas autant menaçante que dans le département des Bouches-du-Rhône placé en vigilance orange pour « orage » et « pluie-inondation ». Je quitte Montpellier de bonne heure pour traverser le parc naturel régional du Haut-Languedoc. Malgré un temps grisâtre, j'apprécie mon arrêt à Olargues, également classé comme l’un des plus beaux villages de France.

J’arrive en milieu de journée à Toulouse en étant resté au sec. Ayant travaillé au sein de l’Hostel 20 de Bayonne il y a quelques mois, j’ai opté pour une nuit à l’Hostel 20 de Toulouse ainsi que la suivante à Saint-Jean-Pied-de-Port, à l’Hostel 20 ­ Ramuntcho.

Quel bonheur de retrouver les routes montagneuses du Pays basque ! Celle d'Ahusquy offre des points de vue vertigineux autour de 1 000 mètres d’altitude. Près des crêtes, des animaux sont élevés en plein air dans des pâturages verdoyants. Alors que j'entame une descente technique, j'aperçois un peu plus loin à ma droite un rocher qui semble un peu trop blanc. Le bruit de mon moteur dissipe tout doute : c’est une brebis d’Ossau-Iraty en train de se reposer et qui, alertait par le bruit, a bondi de peur en plein milieu de la route. J’ai eu le réflexe de l’esquiver. C’était moins une !

La foi des pèlerins

Première étape du Camino francés, itinéraire le plus emprunté pour réaliser le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Mon rapide séjour à Saint-Jean-Pied-de-Port me permet de sympathiser avec des pèlerins. C’est le cas notamment de Loïc, originaire d’Essonne. Âgé de 33 ans, il s’est lancé ce défi depuis son département d’origine pour répondre à l’appel du chemin et étoffer sa foi. Sur la route depuis plus d’un mois avec un sac de 20 kg sur le dos, il avance progressivement, mettant en avant les belles rencontres au fil des kilomètres. Il ne sait pas exactement quand il arrivera, mais il espère trouver l’amour en chemin.

En longeant la côte nord espagnole via de nombreuses départementales, je verrai régulièrement d’autres pèlerins marcher sur un autre itinéraire, ­ celui du Camino norte. Mais avant cela, je dois d’abord passer la frontière entre la France et l’Espagne. J’opte pour le col d'Ispéguy avant de me diriger vers la côte pour rejoindre Jaizkibel, la montagne la plus occidentale des Pyrénées. J’ai ­découvert cette route, théâtre de la Punk’s Peak (un sprint de 400 mètres où 100 pilotes s’affrontent sur de superbes bécanes) lors d’une édition du festival Wheels and Waves de Biarritz.

 
 

© Sébastien Roux


Sébastien Roux

Photo de couverture © Sébastien Roux

 

Épisode 2 - Vagues espagnoles & Pics d’Europe

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Épisode 3 - Vagues portugaises & Saudade

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Épisode 4 - Vagues marocaines & djebel

Toubkal

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Ce carnet de voyage a été publié dans les numéros 90 et 91 de Road Trip